Dimanche 15 novembre 2009 7 15 /11 /Nov /2009 10:10

Il était 08h15 quand les roues de l’A320 quittèrent le sol de la piste de Roissy. Paul contemplait la banlieue Nord de Paris en pensant à ce voyage improvisé vers une destination incertaine et des heures a venir qui l’étaient tout autant. Après un court transit par Amsterdam et une escale à Kilimandjaro c’est « 22h 30 » qu’indiquait sa montre lorsque le Boeing 777 de la KLM s’immobilisa sur le tarmac de Dar Es-Salaam. Une chaleur moite s’engouffra dans l’appareil à l’ouverture des portes et c’est donc sous un ciel étoilé et dans cette moiteur toute africaine qu’il partit en quête d’un hôtel une fois les formalités administratives accomplies. Le premier hôtel « présentable » fit l’affaire puis la longueur du voyage et l’absence d’un vrai décalage horaire le fit sombrer dans un sommeil profond sans vraiment penser aux difficultés du lendemain.

Au matin c’est le ronronnement insistant de la climatisation qui le fit sortir d’un sommeil agité ; il fallait reconnaître que la situation n’était pas des plus facile il fallait maintenant trouver un moyen de rallier  Kilwa mais surtout Paul devait se poser une question qu’il éludait volontairement depuis son départ : qu’allait il pouvoir faire dans ce pays qu’il ne connaissait pas bref comme aurait dit sa mère dans quoi était il en train de « s’embarquer » ?

Une fois de plus il préféra repousser a plus tard une éventuelle réponse et se mit en quête après un copieux petit déjeuner, du moyen le plus rapide pour rejoindre sa destination finale.

Il faisait déjà chaud malgré l’heure matinale quand il sortit dans la rue qui longeait son hôtel les informations des journaux anglais ne mentionnaient bien sur pas la disparition dans une région ou bien d’autres questions intéressaient les journalistes.

Après plusieurs fausses informations et son lot de certitude fantaisistes il réussit à trouver un bus pour Kilwa et moyennant une somme dérisoire il pu débuter son « vrai » voyage qui commença étrangement par une cure de jouvence au milieu de jeunes backpackers australiens.

Le voyage en avion aurait bien sur été bien plus rapide mais étrangement Paul préféra prendre contact avec cette terre inconnue dans les moiteurs inévitables d’un bus bondé.

A vol d’oiseau il n’y avait guère plus de 250 kms mais malgré la route récemment goudronnée il fallut presque 10 heures pour rejoindre kilwa après de multiples arrêts. L’ambiance joyeuse et les discussions variées du bus ne lui avait pas laissait le temps de réfléchir a son emploi du temps futur. Ce n’est qu’après avoir salué ses compagnons de voyages qu’il prit le temps de la première réflexion.

Il posa son sac poussiéreux dans un bungalow du Kilwa seaview resort puis tout en admirant la vue magnifique sur la baie se mit à réfléchir sur sa situation qu’il aurait volontiers qualifié d’incongrue. Partir sur un coup de tête n’était pas une première c’était d’ailleurs parfois comme cela qu’il arrivait a voir Florence du temps où ils étaient ensembles et où elle arpentait les sites de fouilles, activité de terrain qu’elle avait toujours préférée au travail de laboratoire à Paris. Mais aujourd’hui la situation était plus étrange puisque Flo ne l’accueillerait pas avec son attitude de surprise et d’énervement qu’il lui connaissait bien. Enervement en général de courte durée mais du au fait qu’elle considérait ces zones de travail comme bien distinctes de sa vie privée. Néanmoins il arrivait toujours à redresser la situation par un peu d’humour et une grande dose de patience et de discrétion. Il pouvait ainsi rester à l’écart pendant les travaux de la journée et ils profitaient a deux de quelque moments communs quand le soir venu les activités se faisaient plus rares.

Rien de tel aujourd’hui puisque c’est la disparition inexpliquée de Florence qui l’avait amené ici et transformé pour quelques jours en un enquêteur dont il doutait d’avoir les qualités.    

Certes les quelques personnes rencontrées et le personnel de l’hôtel étaient sympathiques et serviables mais les vagues questions qu’il avait déjà posées des son arrivée avaient reçu des réponses toutes aussi évasives.

Oui il y avait bien des « chercheurs » a kilwa qui parcouraient les ruines ainsi que des architectes et des ouvriers qui effectuaient des restaurations et puis aussi bien sur un bon lot de touristes qui mitraillaient consciencieusement le moindre morceau de mur de pierres sèches de leurs appareils photos numérique dernier cri mais personne ne semblait vraiment être au courant de la disparition d’une française. Tout au plus un ou deux personnes avaient crus voir des véhicules officiels il y a quelques jours et encore l’information était à prendre au conditionnelle. Il faut dire que la population locale avait d’autres chats à fouetter que de s’intéresser a des Français, qui tout aussi brillants qu’ils soient, ne rempliraient pas l’assiette du soir.

Paul décida de partir plus sérieusement à la recherche de l’équipe française des le lendemain matin tout en réfléchissant à la manière dont il allait se présenter aux collègues de Flo si toutefois il arrivait à les localiser. Il envisagea ainsi plusieurs possibilités :

Le « bonjour, je suis un de ses ex » lui parut plutôt moyen surtout après presque 5 ans de séparation sans un signe de vie ; « Je suis  en vacances dans le coin » collait plus a une technique de drague foireuse à Palavas les Flots. Restait le cousin éloigné qui, mandaté par le reste de la famille, venait aux nouvelles trop rares dans la lointaine France.

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Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /Nov /2009 12:17

-          Fred j’ai besoin de quelques jours

 

L’interlocuteur paru surpris puisque la réponse ne vint pas tout de suite. Paul décida d’en profiter pour argumenter

 

-          Ca c’est bien passer ce matin, les clients étaient très satisfait de notre travail alors comme il y a un petit creux dans les plannings j’aimerais décompresser un peu

-          Que ce qu’il se passe mon vieux vous êtes malade ? c’est la première fois depuis longtemps que vous semblez pressé de partir

-          Non rien de grave mais je voudrai pouvoir partir ce soir disons pour une semaine.

-          OK mais la prochaine fois prévenez moi à l’avance

-          C’est un peu un cas de force majeure dit il en souriant

-          Bon mais dans une semaine je veux que vous soyez sur le projet Kéria et à fond c’est une grosse affaire. Mes amitiés à la force majeure.

 

 

Il voulu répondre mais son interlocuteur avait déjà raccroché. Il se retourna sur le mac et commença a chercher le moyen le plus rapide pour rejoindre la Tanzanie.

Les formalités administratives ne le bloqueraient pas puisque le visa pouvait s’obtenir sur place, il se félicita que les vaccins ne soient que « conseillés » et décida de faire l’impasse sur les traitements antipaludéens confiant dans sa bonne étoile.

Le premier vol disponible partait le lendemain à 8h00 il réserva son vol par internet et quitta son bureau en milieu d’après midi.

 

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Vendredi 13 novembre 2009 5 13 /11 /Nov /2009 19:12

-          Ah Paul on a faillit vous attendre lança son patron en le regardant fixement.

-          Désolé un petit contre temps de dernière minute.

-          Bref chers messieurs, les regards quittèrent Paul pour revenir vers le Boss, je pense que l’équipe de Paul a maintenant parfaitement cerné vos attentes et celles de vos futurs clients. Je vous laisse donc dans de bonnes mains…..

 

Le reste de la réunion que Paul dirigea sans forcer son talent sembla convaincre tout le monde quelques centaines de milliers d’euro allaient changer de main mais si l’idée était bonne le fabriquant s’y retrouverait largement. Après les félicitations d’usages, les petits fours et les coupes de champagne l’assemblée se dispersa, Paul refusa une invitation au restaurant, ce qui surpris certains de ses collaborateurs, et regagna rapidement son bureau.

Partant immédiatement a la recherche d’informations complémentaires sur la disparition de Flo il mit google en quête des derniers développements et pour la première foi les mots  « Tanzanie » et « disparition »  partirent de son mac pour parcourir la toile.

Sur la disparition il n’apprit rien de plus que les quelques nouvelles du matin il surfa sur plusieurs sites découvrit des photos  et comprit vite ce qui avait pu attirer Flo sur ces ruines il retrouva les vieilles pierres et toutes ces histoires passées de puissance et de déclin, il se rappela les revues qu’il feuilletait lorsqu’il les découvrait par hasard chez elle sur un coin de table. Paul ressentait un sentiment étrange, habituellement peu friand de faits divers qu’il suivait rarement dans les médias le manque d’information cette fois le laissait nerveux et insatisfait. Certe Florence et lui s’étaient séparés depuis presque 5 ans maintenant mais il ne pouvait se résoudre à être un simple spectateur de cet évènement.  

Il prit alors une décision comme il aimait les prendre parfois sans grandes réflexions et sans peser le pour et le contre sans même chercher à savoir ce qu’il pourrait bien y faire mais il décida a cet instant  de partir le plus vite possible pour l’Afrique de l’Ouest.

En même temps qu’il numérotait le poste de son patron il cherchait si une raison professionnelle majeure pouvait retarder son départ il ne vit rien qui pouvait le bloquer sur Paris au moins pour quelques jours.

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Jeudi 12 novembre 2009 4 12 /11 /Nov /2009 19:30

Mais Paul n’écoutait déjà plus, ses yeux fixaient la corbeille de fruits mais ses pensées filaient maintenant vers des moments de joies, de rires et parfois aussi de larmes en fait vers 10 ans de sa vie qu’il essayait tant bien que mal d’oublier. Car florence et lui avait pendant 10 ans tenter de faire vie commune tenter car ceux et celles qui connaissaient Florence savaient comment cela pouvait être difficile. Passionnée de pierres a gratter, de sable a creuser et de bout de bois qui racontaient des milliers d’histoires elle et lui avaient plutôt lancer une drôle de course poursuite entre deux styles de vie radicalement différents, pourtant, lorsque les voyages et les avions laissaient leurs deux lignes de vie se croiser cela avait donné des instant et des jours que rien n’effacerait. Leurs amis d’abord surpris par cette alliance étrange entre le superficiel et le sacré s’était amusé du mélange des genres et des discutions sans fin entre ce qui n’apportait rien a la connaissance et ce qui faisait avancer l’espèce humaine.

Alors qu’il avalait difficilement un breuvage étrangement plus amère que d’habitude, Paul réfléchissait à la nouvelle qu’il venait d’entendre. Etrangement ce n’était pourtant pas l’inquiétude qui le submergeait en premier lieu, il connaissait bien Florence et la croyait capable de se sortir de bien des situations, non plutôt un sentiment étrange un rendez vous avec lui-même et ses certitudes. Peut être une de ces décisions que l’on pense ne jamais avoir à prendre. Non bien sur il n’allait pas tout plaquer subitement, d’abord parce que le métier qui le faisait vivre et même bien vivre le passionnait encore mais il sentait aussi que cette partie de sa vie passée qui lui revenait au visage avait un gout d’inachevé et pour cause : c’est lui qui, un jour, sur un cout de tête, fatigué de rencontres chronométrées avait quitté la scène. « Lâchement et sans respect » avait assené en cœur la plus part de leurs anciens amis communs, peut être, mais la décision s’était prise dans l’instant et après il s’était convaincu qu’il était déjà trop tard.

Il avait donc laissé ses amis à leurs jugements, Florence a son incompréhension et lui a ses certitudes du moment. Certitudes qui il faut bien le dire aujourd’hui tenaient mal le cap de la quarantaine qu’il venait de fêter il y a quelque jours.

Apres avoir quitté son domicile en retard il se dirigeait maintenant vers le centre de Paris. Il en était là de ses réflexions quand slalomant dangereusement avec son scooter entre les voitures il s’engouffra dans le parking de l’immeuble qui abritait l’agence. Après un petit signe a l’accueil il grimpa quatre a quatre les escaliers, passa rapidement a son bureau et tout en posant son casque sur un fauteuil jeta un coup d’œil rapidement a son dossier puis il se dirigea vers le fond du couloir, rajusta sa cravate et frappa a la porte de la salle de réunion. 

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Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /Nov /2009 10:18

Malgré des tentatives répétées pour arrêter la sonnerie du réveil ce dernier persistait a exécuter son pénible travail. Paul arrêta enfin le bip-bip infatigable par un violent coup de poing, et, résigné ou vaincu l’appareil enfin se tut. Le week-end n’avait pas été génial et ce début de semaine s’annonçait difficile. Paul savait par avance que ce lundi était important pour l’agence c’est d’ailleurs a cause de ce couperet fatidique que le réveil avait repris du service car en temps normal il s’accordait des horaires variables et surtout peu matinaux. Privilège d’être reconnu comme créatif et indispensable dans une agence de pub Paul comme plusieurs de ses collègues jouissait pleinement de ses privilèges, mais aujourd’hui un contrat important allait se décider et en tant que responsable du projet sa présence avait été jugée indispensable.

Il gagna la douche d’un pas hésitant et ouvrit avec une grimace le jet d’eau salvateur.

Quelques minutes plus tard il était prêt à vendre n’importe quoi a n’importe qui mais avant il sacrifiait presque rituellement quelques minutes de son emploi du temps matinal a la confection d’un jus de fruit frais. Après avoir pressé machinalement le bouton de la télé il commença à choisir les fruits de sa boisson préférée, derrière lui le présentateur égrenait son lot de mauvaises nouvelles.

Longtemps après Paul allait se souvenir de ces quelques mots :

 

-          Enfin je vous rappelle  un des titres de cette matinée on est sans nouvelles d’une jeune archéologue Florence Duriate disparue en Tanzanie alors qu’elle participait a des fouilles dans la région de Kilwa. Elle faisait partie d’une équipe d’archéologues française chargée de retrouver sur ce site les premiers traces d’islamisation de ce qui fut d’après les spécialistes un des premiers grand port d’Afrique de l’Ouest . Partie seule sur une des iles de la baie elle n’a plus donné signe de vie depuis 48 heures. Ses collègues inquiets ont prévenus les autorités locales et la représentation française. Des précisions dans notre journal de 13 heures.

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