Il était 08h15 quand les roues de l’A320 quittèrent le sol de la piste de Roissy. Paul contemplait la banlieue Nord de Paris en pensant à ce voyage improvisé vers une destination incertaine et des heures a venir qui l’étaient tout autant. Après un court transit par Amsterdam et une escale à Kilimandjaro c’est « 22h 30 » qu’indiquait sa montre lorsque le Boeing 777 de la KLM s’immobilisa sur le tarmac de Dar Es-Salaam. Une chaleur moite s’engouffra dans l’appareil à l’ouverture des portes et c’est donc sous un ciel étoilé et dans cette moiteur toute africaine qu’il partit en quête d’un hôtel une fois les formalités administratives accomplies. Le premier hôtel « présentable » fit l’affaire puis la longueur du voyage et l’absence d’un vrai décalage horaire le fit sombrer dans un sommeil profond sans vraiment penser aux difficultés du lendemain.
Au matin c’est le ronronnement insistant de la climatisation qui le fit sortir d’un sommeil agité ; il fallait reconnaître que la situation n’était pas des plus facile il fallait maintenant trouver un moyen de rallier Kilwa mais surtout Paul devait se poser une question qu’il éludait volontairement depuis son départ : qu’allait il pouvoir faire dans ce pays qu’il ne connaissait pas bref comme aurait dit sa mère dans quoi était il en train de « s’embarquer » ?
Une fois de plus il préféra repousser a plus tard une éventuelle réponse et se mit en quête après un copieux petit déjeuner, du moyen le plus rapide pour rejoindre sa destination finale.
Il faisait déjà chaud malgré l’heure matinale quand il sortit dans la rue qui longeait son hôtel les informations des journaux anglais ne mentionnaient bien sur pas la disparition dans une région ou bien d’autres questions intéressaient les journalistes.
Après plusieurs fausses informations et son lot de certitude fantaisistes il réussit à trouver un bus pour Kilwa et moyennant une somme dérisoire il pu débuter son « vrai » voyage qui commença étrangement par une cure de jouvence au milieu de jeunes backpackers australiens.
Le voyage en avion aurait bien sur été bien plus rapide mais étrangement Paul préféra prendre contact avec cette terre inconnue dans les moiteurs inévitables d’un bus bondé.
A vol d’oiseau il n’y avait guère plus de 250 kms mais malgré la route récemment goudronnée il fallut presque 10 heures pour rejoindre kilwa après de multiples arrêts. L’ambiance joyeuse et les discussions variées du bus ne lui avait pas laissait le temps de réfléchir a son emploi du temps futur. Ce n’est qu’après avoir salué ses compagnons de voyages qu’il prit le temps de la première réflexion.
Il posa son sac poussiéreux dans un bungalow du Kilwa seaview resort puis tout en admirant la vue magnifique sur la baie se mit à réfléchir sur sa situation qu’il aurait volontiers qualifié d’incongrue. Partir sur un coup de tête n’était pas une première c’était d’ailleurs parfois comme cela qu’il arrivait a voir Florence du temps où ils étaient ensembles et où elle arpentait les sites de fouilles, activité de terrain qu’elle avait toujours préférée au travail de laboratoire à Paris. Mais aujourd’hui la situation était plus étrange puisque Flo ne l’accueillerait pas avec son attitude de surprise et d’énervement qu’il lui connaissait bien. Enervement en général de courte durée mais du au fait qu’elle considérait ces zones de travail comme bien distinctes de sa vie privée. Néanmoins il arrivait toujours à redresser la situation par un peu d’humour et une grande dose de patience et de discrétion. Il pouvait ainsi rester à l’écart pendant les travaux de la journée et ils profitaient a deux de quelque moments communs quand le soir venu les activités se faisaient plus rares.
Rien de tel aujourd’hui puisque c’est la disparition inexpliquée de Florence qui l’avait amené ici et transformé pour quelques jours en un enquêteur dont il doutait d’avoir les qualités.
Certes les quelques personnes rencontrées et le personnel de l’hôtel étaient sympathiques et serviables mais les vagues questions qu’il avait déjà posées des son arrivée avaient reçu des réponses toutes aussi évasives.
Oui il y avait bien des « chercheurs » a kilwa qui parcouraient les ruines ainsi que des architectes et des ouvriers qui effectuaient des restaurations et puis aussi bien sur un bon lot de touristes qui mitraillaient consciencieusement le moindre morceau de mur de pierres sèches de leurs appareils photos numérique dernier cri mais personne ne semblait vraiment être au courant de la disparition d’une française. Tout au plus un ou deux personnes avaient crus voir des véhicules officiels il y a quelques jours et encore l’information était à prendre au conditionnelle. Il faut dire que la population locale avait d’autres chats à fouetter que de s’intéresser a des Français, qui tout aussi brillants qu’ils soient, ne rempliraient pas l’assiette du soir.
Paul décida de partir plus sérieusement à la recherche de l’équipe française des le lendemain matin tout en réfléchissant à la manière dont il allait se présenter aux collègues de Flo si toutefois il arrivait à les localiser. Il envisagea ainsi plusieurs possibilités :
Le « bonjour, je suis un de ses ex » lui parut plutôt moyen surtout après presque 5 ans de séparation sans un signe de vie ; « Je suis en vacances dans le coin » collait plus a une technique de drague foireuse à Palavas les Flots. Restait le cousin éloigné qui, mandaté par le reste de la famille, venait aux nouvelles trop rares dans la lointaine France.